Joseph Gillain, alias "Jijé"

Nomade et touche-à-tout, prolixe et inventif, Joseph Gillain, qui signait ses planches « Jijé » fut un des piliers de « l’Ecole de Marcinelle ». Il initia, écola et emmena dans son sillage de nombreux auteurs : Franquin, Morris, Will...

Aussi à l’aise dans la bande dessinée humoristique que dans les séries réalistes, il a créé avant-guerre sa première grande série : Blondin et Cirage. Il reprend les aventures de Spirou, en remplacement de Rob-Vel, et lui adjoint un comparse : Fantasio. Il se lance ensuite dans sa première bande dessinée biographique : la vie de Don Bosco.
Après avoir accueilli chez lui le dessinateur Will (Tif et Tondu), Jijé ouvre ses portes à deux jeunes auteurs qui débutent : Franquin (à qui il cèdera Spirou et Fantasio) et Morris.
Le succès de ses biographies dessinées l’ont dirigé naturellement vers le genre réaliste : Jean Valhardy, Jerry Spring, Tanguy et Laverdure.


Un ancrage local


La famille Gillain-Dumont est durablement ancrée dans l’entité et dans le sillon culturel Namur-Châtelet-Florennes.
Joseph Gillain est enterré dans le petit cimetière de Sart-Saint-Laurent. Son père Eugène Gillain créateur notamment des cahiers wallons (1937) avec l’écrivain Paul Moureau a donné son nom à la Place de Sart-Saint-Laurent et une rue du même village a été baptisée « rue Jijé ».
Le centre culturel de l’Entité fossoise lui avait consacré une exposition au Centre sportif de Sart-Saint-Laurent en août 2009.

Biographie

Né en janvier 1914 à Gedinne, dans les Ardennes namuroises, Joseph Gillain est le 4ème d’une famille de 8 enfants. En 1920, les Gillain s’établissent à Florennes. Joseph y est imprégné du folklore local. A l’âge de 10 ans, il dessine, sur tous les tableaux de son école, le cortège de la Marche St Pierre. C’est sa première « exposition » !

Elève de l’Ecole des Métiers d’Art de Maredsous, de l’Université du Travail de Charleroi, puis de l’Ecole de La Cambre et enfin de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, Joseph excelle tout à la fois en peinture, sculpture, gravure… Il débute sa carrière en réalisant des gravures sur bois, illustrations destinées à la revue « Les cahiers wallons », animée par son père.

En 1935, l’hebdomaire « Le croisé », pour lequel il illustre les couvertures, lui demande de faire « un Tintin » pour la revue. Joseph dessine alors Le dévouement de Jojo, qu’il signe de ses initiales phonétisées : Jijé. La ressemblance physique de Jojo, ainsi que le style de l’histoire, amène des protestations de Hergé. Jijé lui répondra en lui envoyant trois dessins : la Bécassine de Pinchon, la même sans sa coiffe et finalement affublée d’une houppe… La correspondance entre Hergé et Jijé s’arrêta là !

Durant l’été 1939, Jijé publie sa première grande série, Blondin et Cirage, dans l’hebdomaire Les petits Belges. Cette série sera ensuite publiée dans Spirou, entre 1951 et 1963. La publication de nombreux magazines est interrompue au début de la guerre. Après cette interruption, Jijé reprend les aventures de Spirou en remplacement de Rob-Vel, prisonnier des Allemands. A Spirou et Spip, il adjoindra un personnage farfelu, imaginé par Jean Doisy : Fantasio. Il se lance ensuite dans sa première bande dessinée biographique : la vie de Don Bosco.

Après avoir accueilli chez lui le dessinateur Wil (Tif et Tondu), Jijé ouvre ses portes à deux jeunes auteurs qui débutent : Franquin et Morris. Absorbé par la réalisation d’une biographie du Christ, Jijé confie la série Spirou à Franquin, la série Jean Valhardy à Eddy Paape et la série Blondin et Cirage à Victor Hubinon.

Inquiets par la guerre froide et la montée du communisme, les Gillain décident d’aller s’établir en Amérique. Ils emmènent avec eux Franquin et Morris. Leur périple les conduira à New-York, puis, après une longue traversée en voiture à Los Angeles et au Mexique. C’est durant ce séjour que Jijé s’imprégnera de la beauté des paysages où il situera plus tard les aventures de Jerry Spring. Il met également ce séjour à profit pour entamer la biographie dessinée de Baden Powell, ainsi que la seconde version de son Don Bosco. La comparaison des deux versions de cette bande dessinée permet d’appréhender de façon saisissante l’évolution graphique de l’artiste.

De retour en Europe, après un passage en Belgique, Jijé s’installe dans le sud de la France. Il reprend la série Blondin et Cirage, réalise des illustrations au lavis pour Télémoustique (Le comte de Monte Cristo) et entame en 1953 la série Jerry Spring : on voit bien là toute la prolixité de Jijé, jonglant entre les genres et les techniques.

S’il ne dédaigne pas de nombreuses incursions dans la bande dessinée humoristique, Jijé est passé maître dans le genre réaliste. Il réalise également de nombreuses biographies dessinées : Bernadette Soubirous, Charles de Foucauld… Citons aussi Casque blanc, la mise en image d’un roman basé sur une histoire réelle.

Au printemps 1966, Albert Uderzo (Astérix) lui demande de reprendre la série Tanguy et Laverdure. Jijé dans un premier temps va copier Uderzo pour les deux premières aventures, et changer ensuite la physionomie des personnages au lancement de la série télévisée Les chevaliers du ciel, en dessinant ses héros sous les traits de Jacques Santi et Christian Marin.

Ses multiples activités ne l’empêchent pas de s’évader dans la peinture et la sculpture, avec talent. Afin d’éviter les mécanismes hérités de la bande dessinée, Joseph Gillain s’obligeait quelquefois à peindre de la main gauche ! Il excellait également dans une autre technique, apprise du peintre Van den Houte : dessiner sans regarder le papier, voire même les yeux bandés.

Grand voyageur, il reste très attaché au pays wallon et peint de superbes paysages ardennais ou de la vallée mosane. De son père, créateur des Cahiers wallons, et de son grand-père habitant Sart-St-Laurent, il a hérité le goût du folklore local. Fosses-la-Ville lui doit, entre autre, une splendide affiche pour la Saint-Feuillen.