Jules Goffaux

Le 17 février 2002, Jules Goffaux nous a quitté.

Originaire de Sart-Saint-Laurent, Jules naît le 17 avril 1921, de l’union de Léon Goffaux et de Germaine Pochet. Issu d’un milieu modeste – son père était cordonnier, son grand-père, journalier – il est déporté en Allemagne, près de Hambourg, dans le cadre du travail obligatoire pendant la deuxième guerre mondiale. Avec son épouse, Paulette Detriche, Jules a quatre enfants. Ils demeurent à Fosses-la-Ville, au 5 de la place de la Gare. Bon sang ne peut mentir. Un de ses fils, Gérard Goffaux – dont la compagne est la comédienne et autrice, Barbara Abel – hérite de la fibre artistique paternelle, en se faisant remarquer avec bonheur dans le monde du dessin et de la bande dessinée. Au service de ses concitoyens, Jules devient délégué syndical dans l’usine Solvay de Jemeppe, où il a effectué toute sa carrière.

S’il a un rayonnement plus local, Roger, le frère de Jules, est aussi connu à Fosses, notamment pour une chanson composée pour la Laetare du 31 mars 1946, époque où il était Tch’faus-godins. En effet, dans cette chanson, Roger Goffaux prend plaisir à citer toute une série de personnalités fossoises. La fratrie est donc bien imprégnée de ses racines, de son patrimoine culturel immatériel qu’on appelle alors folklore.

Ainsi, si Jules joue à la balle-pelote, il est aussi de toutes les associations folkloriques. Mais, c’est surtout comme homme de théâtre qu’il marque les esprits de plusieurs générations, de Fosses, et … d’ailleurs.

Il monte sur les planches, pour la première fois, à 13 ans, avec « Le Cercle Saint-Laurent ». Il rejoint ensuite la troupe des « Comédiens Fossois ». Entré comme comédien dans la Compagnie Aimé Courtois[1], troupe de théâtre dialectal namuroise, il devient le metteur en scène de la troupe à la mort de son fondateur. Jules en est le président pendant 30 ans. Les représentations et les tournées se multiplient, à Namur, en Wallonie et même au Wisconsin. Avec cette troupe, en 1966, il remporte la Coupe du Roi, le challenge national de théâtre dialectal. Par après, il officie souvent comme membre du jury de cette compétition entre troupes de théâtre amateur. André Gevrey réalise, pour la RTB, pas encore RTBF, plusieurs captations de pièces en wallon – Flora dal Hoûlote, Parrain d'Amérique, ...  – où Jules Goffaux tient la vedette. De sa création, en 1992, jusqu’à son décès, il est le metteur en scène de la troupe fossoise ressuscitée, Li Soce dès Comédyîns Fosswès. Son aspect parfois bougon – certains le qualifient de « vî malaujî » – n’est que la traduction de son souci de respecter les spectateurs. Pour lui, la qualité prime : les acteurs n’ont pas à se mettre en valeur, ils doivent seulement servir la pièce. Jules continue à jouer, là ou dans d’autres troupes dialectales, à Fosses-la-Ville, Namur, Tamines, Sart-Eustache, … Sa notoriété, son passé glorieux ne l’empêchent pas d’avoir l’humilité de s’associer aux aventures de jeunes troupes peu expérimentées. Sa classe les transcende. Je me rappelle une répétition où cet homme, à l’aspect bourru, à la stature imposante, à la voie grave, montrait à une frêle jeune fille les déplacements, les gestes, les mimiques, les intonations qu’il attendait d’elle. Avec Jules, le miracle devenait réalité : c’était d’une justesse sans pareil, il devenait alors une vraie jeune première !

Pour pouvoir jouer, il adapte des dizaines de pièces de théâtre en wallon, qui sont encore à l’affiche aujourd’hui. Mais, son adaptation en wallon central que les fossois doivent connaître est celle de la légende des deux bossus, la légende des Chinels. C’est la traduction d’un texte initialement écrit en français par Joseph Noël, et publié en 1956 par la Société Royale des Chinels de Fosses. Par la langue employée, le wallon, cette traduction apporte la coloration locale, qui lui donne le cachet d’authenticité de nos traditions populaires.

Jules a également présidé l’Union Culturelle Wallonne, et, pendant plus de 30 ans, la Fédération Namuroise de cette Union. On le retrouve encore à la Fédération des Groupes Folkloriques Wallons, à la présidence du CIWEN[2] dans les années 1980, de l’Interfédérale du Théâtre d'Amateurs ou au sein de diverses Commissions ministérielles, dont la Commission du Projet culturel global en 1994. A chaque fois, il y défend la langue wallonne, promeut un théâtre dialectal de qualité, et notre patrimoine culturel.

Mais, il marque aussi de son nom des productions télévisuelles en français. Il participe ainsi au feuilleton télévisé belge « Le Renard à l’Anneau d’Or » (1974), première série dramatique réalisée en couleurs pour la RTB, et diffusée hebdomadairement à la télévision belge à partir du 21 avril 1974. Ce feuilleton, également diffusé en Allemagne et en France, est récompensé d’une « Antenne de Cristal ». Il joue aussi dans le film « La cage aux ours », présenté en sélection officielle, en compétition, au Festival de Cannes 1974. Au cinéma, il côtoie des Christian Barbier, des Philippe Léotard, des Maurice Ronet, ...

Il est aussi musicien, parfois chef de musique, mettant sa clarinette au service de la Philarmonique de Fosses, des Chinels, des Tchôds-Tchôds et des 40 Molons.

Attaché à notre folklore, il est bien évidemment aussi « marcheur », dans la compagnie de Sart-Saint-Laurent. Cette Marche participait à la Saint-Feuillen depuis 1851. En 1963, le comité de la Marche Saint-Laurent est constitué pour marcher tous les ans au 15 août. Reprenant les mots de Marc Blaimont, notons que Jules Goffaux relève alors le défi de ses aïeux et assume, jusqu’en 1994, la fonction de Président et le poste d'Adjudant – fonction assurée par sa famille depuis plus d'un siècle. Dans ces tâches – ajoute, avec justesse, Marc Blaimont – Jules « excelle, aidé en cela par une autorité naturelle empreinte de bonhomie, goûtant profondément le plaisir de la rencontre et développant une qualité essentielle, l'écoute des autres ». Pour sa onzième et dernière Saint-Feuillen, en 1998, Jules rentre dans les rangs et marche en Zouave.

Chevalier de l’ordre de Léopold et doyen émérite du travail, Jules aura surtout dédié sa vie aux gens, à leur culture et à leurs traditions.

Jules, pace qui vos avîz sogne di cauzer avou vosse keûr au keûr dès djins, nos vos aurdrons, tortos, po todis, dins nosse keûr ![3]

[1]          Troupe créée en 1949 par la Province de Namur, à partir d'un cours d'art dramatique wallon, dispensé par Aimé Courtois

[2]          Centre d’information du wallon à l’école de Namur

[3]          Jules, parce vous aviez soin de parler avec votre cœur, au cœur des gens, nous vous garderons, tous, pour toujours dans notre cœur.

Jules Goffaux (en chemise blanche, au centre de la photo), avec la troupe fossoise, Li Soce dès Comédyîns Fosswès, ayant joué le rôle du centenaire dans "Li Cint'naire si maryie".

Jules Goffaux comme adjudant de la compagnie de Sart-Saint-Laurent

Jules Goffaux, aux côtés de Christian Barbier.

Jules Goffaux répétant avec sa clarinette

Jules Goffaux

 

 


Jules Goffaux, en 1998, marchant, aux côtés de son fils Gérard, avec la compagnie de Sart-Saint-Laurent, lors de la Saint-Feuillen.