Carte de la marche de l’armée du Roy : contexte

Contexte historique : GUERRE DE LA LIGUE D’AUGSBOURG

La carte-document présentée par David Chaussée, avec un long texte relatant les mouvements de troupes françaises, se situe au cours de la guerre dite de la Ligue d’Augsbourg. 

En réaction à la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV (1685, refusant le protestantisme), le roi des Pays-Bas Guillaume d’Orange suscite parmi les pays protestants la « Ligue d’Augsbourg » qui réunissait, outre les Pays-Bas (Hollande et partie de la Belgique : Flandres, Brabant, Hainaut), l’Empire romain germanique, la Suède, l’Angleterre, la Bavière, mais aussi la Lorraine, la Savoie et l’Espagne, catholique mais opposée depuis longtemps à la France. Il s’agissait de lutter contre l’hégémonie de la France, arrogante et provocatrice de Louis XIV. La guerre se déroula de 1688 à 1697 : elle est appelée aussi « Guerre de neuf ans ». Elle se termina par la Paix de Rijswick (en Hollande).

En effet, Louis XIV, au sommet de sa gloire, se permettait des « annexions » de territoires. Il voulait aussi organiser des frontières naturelles et visait le Rhin. Il avait Louvois comme ministre de la guerre et Vauban comme architecte et commandant.

Nous sommes impliqués aussi dans cette guerre : la succession de l’archevêque de Cologne, qui était aussi prince-évêque de Liège, posait problème : la France voulait placer l’évêque de Strasbourg Guillaume de Furstenberg, mais l’empereur de Germanie imposait son candidat Joseph-Clément de Bavière. Les votes étaient partagés et on dut faire appel au pape qui, en froid avec Louis XIV, nomma le candidat de l’Empire.

La guerre se fit sur plusieurs fronts mais nous ne retenons que ce qui nous concerne, les Pays-Bas, et l’année de cette carte-document : 1694. La guerre durait déjà depuis six ans et, dans les deux camps, la lassitude et les difficultés commençaient de se faire sentir. De plus, les hivers 1693 et 1694 avaient été catastrophiques, le manque de récoltes provoqua des famines (on parle de deux millions de morts). Avec cela, une grave crise économique affaiblissait les états.

La stratégie d’alors, et surtout Louis XIV, voulait une guerre de sièges de villes-forteresses en positions stratégiques. Mais ce n’étaient pas des combats continus : il était courant de voir des armées de 50.000 hommes passer des mois à s’éviter, s’observer, prendre leurs quartiers d’hiver… (ce fut le cas, dans le texte de la carte, où on voit une armée française de plus de 20.000 hommes, plus la cavalerie, s’installer de Taravisée à Mettet alors que l’ennemi est à Sombreffe !). Enfin, il y a l’impact sur les populations locales qui devaient fournir vivres (viandes) et fourrages aux troupes occupantes. C’était la ruine pour toute une région. Et une nouveauté : le fusil à silex, plus rapide, commence à remplacer le fusil à mèche.

Les combats de 1694. On a peu de détails, sinon les précisions que donne le texte sur la carte et qui montre des mouvements de troupes, mais pas de combats. Toutefois, le duc de Luxembourg, malgré ses 100.000 hommes, perd Dixmude et Huy point stratégique pour la reconquête de Namur : les Alliés contrôlent donc la rive droite de la Meuse.

Notons que Louvois, décédé, est remplacé à la tête des troupes françaises par Villeroy, qui bombardera Bruxelles en 1695. Cela nous vaudra la splendide reconstruction de la Grand-place.

La Paix de Rijkswick. Après des pourparlers préalables, ce traité, signé le 20 septembre 1697, est finalement négatif pour la France. Elle garde l’Alsace et Strasbourg mais doit rendre la Lorraine à son duc, le Luxembourg au sien, les villes de Courtrai, Mons, Ath, Charleroi aux Pays-Bas, et les territoires d’Outre-Rhin à la Bavière.

Personnellement, sur internet, j'ai consulté un "abrégé des guerres de Louis XIV, précédé d'une notice historique".  Il s'agit en fait d'un résumé d'une dizaine de conférences données au régiment des Carabiniers, par le Capitaine Marchal , publié en 1872 à Louvain, dont la source est la Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire , sciences de l'homme, mis en ligne fin 2012.

Voilà ce qu'il écrit pour l'année 1694.

 " La campagne de 1694, dans les Pays-Bas, n'offrit rien de bien remarquable. Elle fut commandée par le dauphin ("Monseigneur") assisté du duc de Luxembourg. L'armée se porta de Mons à Saint-Trond, tandis que le roi Guillaume se trouvait près de Louvain. Les deux armées étaient à peu près de force égale. Les Français allèrent reprendre ensuite leurs anciennes positions à Vinalmont et s'y retranchèrent. Le roi Guillaume, de son côté, tenta alors de surprendre Courtrai : il marcha lentement par Sombreffe, Nivelles, Soignies sur Espierres. Les Français gagnèrent de vitesse sur lui en allant de Namur à Mons, Condé, puis par la rive gauche de l'Escaut jusqu'à Tournai, d'où ils barrèrent le passage à l'ennemi avec leur tête de colonne près d'Espièrres. Le dauphin fit élever des retranchements à Espièrres et à Avelghem, afin d'empêcher le passage du fleuve. Le roi Guillaume alla jusqu'à Audenarde, traversa l'Escaut, fit contre-marche, et passant entre l'Escaut et la Lys, marcha sur Courtrai. Mais cette ville, défendue par des forces considérables, était de plus bien appuyée par les lignes entre la Lys et lyperlée ( ? ). Une attaque contre elle aurait été périlleuse. Le roi Guillaume y renonça et mis son armée en quartier d'hiver à Dixmude, Deynze et Roulers. La ville de Huy prise et saccagée l'année précédente par Villeroi, fut reprise par un détachement de l'armée alliée. En 1695 (janvier), le commandement de l'armée de Belgique échut au maréchal de Villeroi, par suite de la mort du duc de Luxembourg. ... Bref, cette année 1694 ne vit aucun combat notable entre Français et Alliés, mais plus des changements de positions entre Vinalmont et Courtrai, par deux armées qui ne s'affrontèrent pas mais essayèrent de se doubler sur deux lignes parallèles. Le texte et les cartes remis par David Ch. donne la version française de cette course à travers la Wallonie jusqu'à Courtrai.

 Quant aux régiments participants à cette "chevauchée", une recherche plus pointue s'impose, mais dépasse mes compétences et disponibilités actuelles.

Alex Furnémont